Hervé Télémaque

La vie d’Hervé Télémaque

(Mis à jour le: 7 mai 2019)

Né le 5 novembre 1937 à Port-au-Prince en Haïti, Hervé Télémaque est un peintre de nationalité française, mais d’origine haïtienne. Son nom est étroitement lié à la figuration narrative. Revenons sur le parcours de cet artiste dont le travail nous émerveille toujours par son originalité.

Les débuts d’Hervé Télémaque dans le monde artistique

La vie d’Hervé Télémaque

Hervé Télémaque a passé ses 20 premières années d’existence en Haïti. Il y grandit auprès de ses parents et y fit ses études. Alors qu’il se préparait à une carrière de sportif, un problème de santé l’empêche de poursuivre ce rêve. Il décide alors de quitter sa terre natale pour se rendre à New York.

Il y débarque en 1957 et s’inscrit à l’Art Student’s League. Il y rencontre le peintre Julian Levi qui était l’un de ses professeurs. Ce dernier l’a beaucoup encouragé pour continuer s vocation artistique. Hervé Télémaque quitte cette école en 1960.

Hervé Télémaque et le surréalisme

Durant et après ses études d’art, Hervé Télémaque reste aux Etats-Unis et y visite de nombreux musées. Il y découvre l’expressionnisme abstrait et le surréalisme selon le point de vue de quelques artistes Américains tels que Lam, De Kooning et surtout Arshile Gorky.

Alors même qu’on le pensait orienté vers le surréalisme, un de ses tableaux sortis en 1959, Sirène, prouve le contraire. En effet, cette toile aujourd’hui exposée au Musée Sainte-Croix prouve qu’il n’a rien d’un surréaliste puisqu’à travers ce paysage, il puise son inspiration dans la réalité et dans son quotidien. De fait, ledit tableau se réfère aux sirènes de bateaux qu’il entendait de sa chambre de Brooklyn Heights.

Cette tendance ne l’a toutefois pas empêché de côtoyer des Surréalistes.

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Hervé Télémaque cherche sa voie …

L'artiste Hervé Télémaque

A ses débuts et malgré l’influence de Gorky sur son travail, Hervé Télémaque veut fuir l’abstraction en peignant des tableaux assez terre-à-terre. Sirène reste toutefois le plus symbolique de cette tendance.

Après cette toile, il se remet en quête de nouvelles inspirations et de nouveaux thèmes. C’est ainsi qu’il se lance sur la thématique de la sexualité en produisant quelques toiles là-dessus. Son mariage avec sa cousine Maël semble être son point d’inspiration pour ce thème. En effet, après l’avoir épousé en 1959, Hervé Télémaque multiplie les toiles autour de la sexualité. Sont sorties dans cette foulée :

  • L’Annonce faite à Marie, aujourd’hui exposé au Musée des Beaux-arts de Dole
  • Histoire sexuelle sorti en 1960
  • Ciel de lit, n°3 sorti en 1962 exposé au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC) de Nice
  • Femme merveille sortie en 1963 exposé à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne

Hervé Télémaque en France

Face à la ségrégation qui règne aux Etats-Unis, l’artiste décide de retourner en France en 1961. Il s’installe à Paris et continue de fréquenter les Surréalistes sans intégrer leur groupe.

Son arrivée en France coïncide avec la découverte d’une nouvelle voie, celle qu’il a décidé d’adopter pour de bon à savoir le Pop Art. Ce dernier regroupe la bande dessinée, l’épiscope et l’acrylique.

En 1962, il décide de participer à l’aventure de la Figuration narrative. Il s’agit d’un nouveau mouvement artistique qui le sépare pour de bon du Surréalisme. Les artistes qui font partie de ce mouvement veulent effectivement casser l’abstraction pour établir une nouvelle figuration. Dans cette aventure, Télémaque se lie d’amitié avec d’autres artistes tels que Peter Klasen, Bernard Rancillac, Jacques Monory, Eduardo Arroyo et Öyvind Fahlström.

En 1964, ces derniers se retrouvent à nouveau, suite à l’invitation de Gérald Gassiot-Talabot, pour participer à l’exposition « Mythologies quotidiennes ». En réalité, c’est Télémaque et Rancillac qui eurent l’idée de les réunir à nouveau.

Les diptyques d’Hervé Télémaque

Après avoir participé à la Figuration Narrative de 1962, Télémaque se lance dans la production de l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre à savoir une série originale de diptyques. Cela consiste à associer sur un fond blanc,

  • des morceaux d’anatomie
  • des « fictions » c’est-à-dire des métaphores visuelles prenant la forme de masque, de sous-vêtements, de flèche, de croix, d’urne ou d’arme
  • des commentaires souvent marqués à la craie ou au crayon

Il se consacre à cette série entre 1962 à 1964. Parmi les œuvres issues de cette série, on peut citer :

  • Le voyage datant de 1962
  • Portrait de famille datant de 1962 et exposé à la Fondation Grandur pour l’Art
  • Etude pour une carte du tendre datant de 1963
  • My Darling Clementine datant de 1963 et exposé au MNAM (Musée National d’Art Moderne) de Paris

A travers ces diptyques, Télémaque se crée son propre vocabulaire artistique et narratif en incorporant des objets du quotidien dans son travail dont des objets en relation avec sa vie en Haïti. Pour beaucoup, ses diptyques donnent un nouveau sens à l’art, car chaque tableau est une invitation à un décryptage et à une interprétation qui, au final, varie d’un observateur à l’autre. Chacun est libre d’y voir ce qu’il veut et il semblerait que c’est justement ce que l’artiste cherche puisqu’il s’est contenté de publier ces toiles sans y apporter plus d’explications.

Pour se justifier, il a rappelé le fait qu’il aimait représenter des tentes sur ses tableaux. Pour certains observateurs, cela indiquerait que l’homme se considère comme exilé alors que pour l’artiste lui-même, ce n’est qu’une représentation de la maison humaine.

Bref, ses diptyques suscitent tantôt les incertitudes tantôt les hypothèses, mais autour de tout cela, ils suscitent surtout la réflexion.

Il finit par se lasser de cette tendance à partir de 1967 …

Hervé Télémaque se lance dans la « ligne claire »

En 1964, Hervé Télémaque adopte la fameuse « ligne claire » d’Hergé. A partir de 1966, il commence à intégrer divers objets sur ses toiles pour donner naissance à ce qu’il appelle « Combines paintings ».

Entre 1968 et 1969, il délaisse la peinture proprement dite pour se focaliser exclusivement sur le collage et l’assemblage. Cela a engendré ce qu’il appelait ses « Sculptures maigres ». Sa tâche consistait à combiner divers objets de façon à les rendre plus surprenants. Là encore, les interprétations étaient aussi bien variées que divergentes.

En 1970, Télémaque renoue avec la peinture tout en continuant le collage. Durant cette décennie, il produit deux nouvelles séries de peinture à savoir « Les Passages » et « Suites à Magritte » ainsi que de nouvelles séries de collage à savoir « Selles » et « Maisons Rurales ».

Hervé Télémaque renoue avec son passé haïtien

Tableau d'Herve Telemaque

En 1973, Hervé Télémaque retourne en Haïti essentiellement pour voir sa mère. C’est la première fois qu’il y remet les pieds depuis ses 20 ans.

Son retour sur sa terre natale le réconcilie avec les traditions haïtiennes notamment avec le Vaudou. La mort de sa mère en 1993 le conforte dans cette voie, car son travail s’oriente alors vers le deuil, la mort et bien sûr le Vaudou.

Pour plonger pleinement dans ce thème sombre, il reprend l’assemblage en utilisant des matériaux assez originaux comme le marc de café. Il faut souligner qu’à cette époque, l’artiste utilisait aussi le fusain pour réaliser des dessins grand format.

De cette période sombre de son existence, il produit, en 1994, l’exposition intitulée « Fusain et marc de café – Deuil : le dessin, l’objet ». L’évènement a eu lieu à la Galerie Louis Carré.

Hervé Télémaque multiplie les expositions

Son retour en Haïti redonne de nouvelles inspirations à Télémaque qui se mit à produire plus que davantage. Non seulement, il accroit sa productivité, mais il diversifie aussi ses techniques et ses thèmes et enchaîne les expositions.

En 1976, il organise une exposition au Musée d’art moderne de la Ville de Paris pour présenter ses grandes peintures à l’acrylique prenant la forme soit de tondo soit d’ellipse.

Après avoir été naturalisé français en 1985, Télémaque commence à prendre des commandes publiques ce qui lui ouvre les portes d’une certaine forme d’exposition grand public. Parmi ses commandes, il se voit confier la réalisation de diverses fresques dont la plus importante est la « Vallée de l’Omo ». Cette dernière a été réalisée pour la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette.

En 1986, il organise sa toute première exposition dans les Caraïbes à l’occasion de la IIe biennale de la Havane. L’évènement a eu lieu à la Casa de las Americas avec environ 20 toiles de l’artiste.

Après « Fusain et marc de café – Deuil : le dessin, l’objet » en 1994, il expose :

  • en 1995 : « Œuvres d’après nature » à la fondation Electricité de France
  • en 1997 : une rétrospective de sa double exposition à la FIAC’96 à l’Electrical Workshop de Johannesbourg
  • en 1998 : une autre rétrospective de cette même exposition à l’IVAM de Valencenen Espagne
  • en 1999 : une dernière rétrospective de cette exposition au Centre d’art de Tanlay dans l’Yonne

Années 2000 : nouvelles orientations …

Depuis le début de l’année 2000, Hervé Télémaque retourne à ses sources africaines et fait de l’humour sur la politique française. Il renoue aussi avec les gravures et les lithographies.

Il entreprend de nombreux voyages en Afrique desquels sont sortis diverses séries de peintures à l’acrylique.

Il renforce également ses collaborations avec les galeries d’art dont Louis Carré, Messine-Thomas, Rabouan Moussion, …

Depuis le début des années 2000, Hervé Télémaque joue sur de nombreux tableaux, car il a repris la peinture, mais continue de faire des fresques murales, des gravures, des lithographies, …

L’année 2015 fut particulièrement émouvante pour cet artiste puisqu’on lui attribua de nombreuses expositions rétrospectives, une aventure à laquelle ont participé divers musées et galeries d’art tels que le MNAM, le Centre Pompidou, le musée Cantini, la Fondation Clément, la Fondation François en Martinique, …

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